À l’annonce d’un décès, la banque applique une procédure stricte : les comptes individuels du défunt sont bloqués, parfois immédiatement, parfois en quelques jours. Pour les proches, cela soulève deux questions urgentes : comment payer ce qui doit être payé tout de suite, et comment, plus tard, débloquer les fonds au profit des héritiers.

Cet article explique ce que la banque fait, ce qu’elle autorise malgré le blocage, et la procédure à suivre pour récupérer les sommes dues aux héritiers. Tout s’appuie sur la réglementation en vigueur et sur les ressources publiques officielles. Les pratiques varient légèrement d’une banque à l’autre : ce guide vous donne la trame, votre interlocuteur bancaire vous précise le détail.

Ce qui se passe à l’annonce du décès

Dès qu’elle est informée du décès, la banque procède à plusieurs opérations.

Les comptes individuels du défunt (compte courant, livret A, livret de développement durable, livret jeune, plan d’épargne logement, compte-titres, etc.) sont bloqués. Aucun retrait, aucun paiement, aucun virement sortant n’est plus possible. Les versements entrants (par exemple un dernier salaire ou un remboursement) sont en revanche acceptés et viennent grossir l’actif successoral.

Les cartes bancaires et chéquiers rattachés à ces comptes individuels sont annulés.

Les prélèvements automatiques sont en principe rejetés à compter du blocage, ce qui peut entraîner quelques semaines plus tard des relances de fournisseurs (énergie, télécoms, abonnements). Anticipez en prévenant rapidement les fournisseurs et en organisant les résiliations.

Les comptes joints suivent un régime différent : ils continuent en principe à fonctionner au nom du ou des cotitulaires survivants, sauf opposition formelle des héritiers. Les opérations restent possibles, mais la banque informe les héritiers de l’existence du compte et de son solde au jour du décès.

Les paiements que la banque autorise malgré le blocage

Même un compte bloqué peut servir à régler certains frais urgents et limités. Deux cas principaux existent en France.

Le règlement des frais d’obsèques

La banque peut autoriser le prélèvement direct des frais d’obsèques sur le compte du défunt, sur présentation de la facture acquittée par l’opérateur funéraire, dans la limite d’un plafond fixé par la réglementation. Cette possibilité est rappelée sur service-public.gouv.fr.

Au-delà du plafond, les héritiers avancent et seront remboursés sur l’actif successoral. La facture doit être au nom du défunt et émise par l’opérateur funéraire.

La clôture rapide pour des montants modestes

Pour un solde global modeste (en dessous d’un seuil défini par la loi), un héritier peut demander à la banque la mise à disposition des sommes sans passer par un acte notarié, sur production d’un justificatif d’hérédité. Au-dessus du seuil, l’acte de notoriété notarié devient nécessaire (voir notre guide acte de notoriété : à quoi ça sert).

Les documents à fournir à la banque

Pour informer la banque et engager la procédure, prévoyez :

Demandez à la banque la liste exhaustive de ses propres exigences : certaines en ajoutent (formulaire interne, RIB des héritiers, etc.).

Le déroulement complet

Étape 1 — Prévenir la banque

À faire dans les jours qui suivent le décès. Vous pouvez le faire en agence, par courrier recommandé, ou via l’espace en ligne si disponible. Demandez un accusé écrit de prise en compte du décès.

Étape 2 — Inventaire des comptes et produits

Demandez à la banque la liste complète des comptes, livrets, plans, contrats d’assurance-vie, contrats de prévoyance, coffre, et toutes positions au nom du défunt. Ne vous fiez pas seulement à ce que vous croyez connaître. Cette demande est gratuite et systématique.

Étape 3 — Solliciter le notaire

Pour la plupart des successions, un notaire intervient. Il dresse l’acte de notoriété qui établit la qualité d’héritier, et obtient des banques le détail nécessaire à la déclaration de succession aux impôts. Voir notre guide acte de notoriété : à quoi ça sert.

Étape 4 — Mise à disposition des fonds

Une fois les héritiers identifiés et la situation successorale clarifiée, la banque procède au transfert ou à la répartition des fonds selon les instructions du notaire ou des héritiers eux-mêmes en cas de succession simple.

Cas particuliers à connaître

Compte joint du couple marié

Le compte joint continue à fonctionner pour le conjoint survivant, qui en garde l’usage. Attention : la moitié du solde au jour du décès entre cependant dans l’actif successoral à partager entre tous les héritiers, sauf clause contraire ou régime matrimonial particulier. La banque informe les héritiers de l’existence du compte.

Procuration sur le compte du défunt

Toute procuration prend fin automatiquement au décès du titulaire. Le mandataire ne peut plus utiliser le compte, même s’il l’utilisait quotidiennement de son vivant.

Comptes du concubin ou du partenaire pacsé non titulaire

Le concubin ou le partenaire pacsé qui n’était pas cotitulaire du compte n’a aucun droit d’accès direct. Il doit faire valoir d’éventuels droits successoraux par testament et par l’intermédiaire du notaire.

Coffre bancaire

Le coffre est scellé dès l’annonce du décès. Il ne peut être ouvert qu’en présence d’un notaire ou d’un mandataire des héritiers, dans des conditions encadrées. Un inventaire est dressé.

Crédit en cours

Un crédit immobilier ou à la consommation au nom du défunt ne s’éteint pas automatiquement avec le décès. L’assurance emprunteur peut prendre le relais en cas de garantie décès souscrite : à vérifier rapidement avec la banque.

Décès d’un enfant ou d’un mineur

Les comptes au nom d’un mineur sont gérés par les représentants légaux. Le décès soulève des questions spécifiques selon la situation familiale et le contenu du compte (livret jeunesse, livret A, etc.). Le notaire est l’interlocuteur indiqué.

Décès à l’étranger

Le déblocage peut être plus long en raison des démarches consulaires (transcription de l’acte de décès, traduction de documents). Anticipez en demandant à la banque ses exigences spécifiques.

Décès d’une personne isolée sans héritiers identifiés

Les fonds sont conservés par la banque puis, après une procédure de déshérence prévue par la loi, sont versés à l’État. Les délais et modalités sont encadrés par la réglementation bancaire.

Les pièges à éviter

FAQ

Combien de temps avant que la banque ne bloque les comptes ?

Le blocage intervient en pratique dès que la banque est informée du décès, par les proches ou par tout autre canal. Mieux vaut prévenir vous-même rapidement plutôt que de laisser des opérations passer qui devraient être figées.

Le conjoint survivant peut-il continuer à utiliser le compte joint ?

Oui, en principe, le compte joint continue de fonctionner au nom du cotitulaire survivant. La banque informe les héritiers de l’existence du compte et du solde au jour du décès, car la moitié du solde entre dans la succession sauf clause contraire.

Puis-je retirer de l’argent pour payer les obsèques ?

Oui, dans la limite d’un plafond fixé par la réglementation et sur présentation de la facture acquittée par l’opérateur funéraire. Au-delà, la famille avance et se fait rembourser sur la succession.

Faut-il toujours passer par un notaire pour récupérer l’argent ?

Pas toujours. Pour des successions très modestes (sous un seuil défini par la loi), une procédure simplifiée existe sans notaire. Au-delà, l’acte de notoriété notarié est requis. La règle exacte est rappelée par votre banque et par le portail service-public.gouv.fr.

Que devient un crédit en cours du défunt ?

Le crédit n’est pas annulé. Si une assurance emprunteur a été souscrite avec garantie décès, elle peut prendre en charge le solde restant dû. À défaut, le crédit entre dans le passif de la succession et les héritiers décident d’accepter ou de refuser la succession en conséquence.

En résumé

Sources officielles à consulter

Cet article est à titre informatif. HelloMathilde ne remplace ni un notaire, ni un avocat, ni un conseiller fiscal, ni un opérateur funéraire. En cas de doute sur votre situation, consultez un professionnel.